18 mai 2020

Créer collectivement le changement: Association pour la Défense des Droits des Aides Domestiques

Dans notre série mensuelle « Créer collectivement le changement », nous mettons en lumière le travail et l’impact des partenaires que nous soutenons. Ce mois-ci : l’Association pour la défense des droits des aides ménagères et domestiques (ADDAD) au Mali.

L'enjeu

Si les travailleur·se·s domestiques au Mali bénéficient de protections juridiques, notamment un salaire minimum et le droit à des jours de congé, dans la pratique, de nombreux employeurs et même des fonctionnaires de l’État n’appliquent pas ces dispositions à leurs employé·e·s de maison, souvent traité·e·s comme des biens plutôt que comme des travailleur·se·s jouissant de droits humains. Dans ce contexte, certains employeurs exigent de leurs travailleur·se·s domestiques qu’ils ou elles travaillent sept jours sur sept, et ils leur fournissent une alimentation et des pauses insuffisantes pour des rémunérations bien inférieures au salaire minimum.

La majorité des travailleur·se·s domestiques ne disposant pas d’un contrat écrit avec leur employeur, ils ou elles peuvent être licencié·e·s à tout moment, pour quelque raison que ce soit, avec un préavis très court, parfois même inexistant. De surcroît, les travailleur·se·s domestiques sont régulièrement victimes d’abus physiques et verbaux de la part de leur employeur ou des membres de sa famille. Dans le cas des jeunes filles ou des femmes (la majorité des travailleur·se·s domestiques), la violence peut également être de nature sexuelle.

Ce sont ces injustices et ces violences que l’Association pour la défense des droits des aides ménagères et domestiques (ADDAD), notre partenaire bénéficiaire, entend combattre.

Ses actions

Composée de jeunes filles et de jeunes femmes qui ont migré vers la capitale du Mali et d’autres villes régionales pour trouver du travail, l’ADDAD est une organisation autogérée par des travailleuses domestiques, fondée à Bamako et désormais active sur l’ensemble du territoire national et dans six autres pays d’Afrique de l’Ouest. Sa mission s’applique à bâtir un mouvement de travailleuses domestiques afin de promouvoir et protéger collectivement leurs droits, asseoir leur reconnaissance et améliorer leur position économique et sociale au sein de la société malienne.

L’ADDAD se penche ainsi sur les difficultés auxquelles les travailleuses domestiques sont confrontées de tous points de vue. L’organisation forme elle-même ces travailleuses en matière de droits humains et de droit du travail et facilite le règlement de leurs conflits professionnels, le cas échéant. Elle s’engage également auprès des employeurs pour les sensibiliser au droit du travail et les encourager à faire évoluer leur mentalité à l’égard du travail domestique.

Au niveau national, l’organisation milite pour que les lois existantes sur l’emploi incluent dans les faits les travailleur·se·s domestiques, afin que le nombre maximum d’heures de travail et le salaire minimum qui y sont stipulés leur soient réellement appliqués. Elle plaide également pour l’amélioration des conditions de travail sur des sujets qui ne sont pas encore directement couverts par les lois existantes, tels que les jours de congé ou l’importance des contrats écrits.

Son impact

Grâce à son travail de proximité stratégique dans les groupes de quartier, l’ADDAD a réussi à se rapprocher de nombreux travailleur·se·s domestiques, augmentant le nombre de ses membres de 23 à plus de 1000 au cours des dernières années et étendant son réseau de la capitale à l’ensemble du pays, y compris les villages ruraux. L’organisation donne également à ses membres la possibilité d’assumer des rôles de direction au sein du groupe. De cette façon, en développant les compétences de leadership de chaque membre, elle consolide le mouvement des droits des travailleur·se·s domestiques dans son ensemble, en créant une base de plus en plus large de militant·e·s qui défendent leur cause.

Lorsque les membres de l’ADDAD connaissent des conflits avec leurs employeurs concernant les heures de travail, les conditions de vie, le salaire, les contrats ou la violence (sexuelle) exercée par des membres de la famille, l’ADDAD joue le rôle d’intermédiaire et propose son aide pour résoudre le problème : en mettant en place un contrat écrit entre l’employé·e et son employeur, en indiquant au besoin à l’employé·e domestique comment déposer une plainte auprès de la police ou d’autres autorités et, dans certains cas, en l’aidant à trouver un autre employeur. Grâce à son engagement, ce sont plus de 700 contrats de travail qui ont été établis par l’organisation.

À mesure que le champ d’action géographique de l’ADDAD s’est élargi, l’organisation a été progressivement reconnue comme un organisme de référence national pour les questions relatives au travail domestique et a été invitée par des responsables gouvernementaux et des médias à apporter ses contributions sur le sujet. Cette considération croissante en tant qu’experte du droit du travail illustre son impact – et offre un signe d’espoir pour les droits de l’ensemble des travailleur·se·s domestiques au Mali.